Comment prendre une décision d’orientation dans un environnement incertain ?
Toute décision d’orientation se prend dans l’incertitude — sur l’avenir, sur soi, sur les conséquences. La tentation est de chercher la certitude qui rendrait le choix sûr ; mais une telle certitude n’existe pas. Comment, dès lors, bien décider quand on ne peut savoir ? La réponse ne réside pas dans la dissipation de l’incertitude, mais dans l’art de décider sagement en son sein.
L’illusion de la décision certaine
La tentation : attendre, ou feindre, la certitude qui rendrait le choix manifestement juste. Mais l’avenir est imprévisible, la connaissance de soi partielle, et les conséquences inconnaissables à l’avance. Chercher la certitude avant de décider, c’est chercher l’impossible — et cela peut paralyser. On décide dans l’incertitude, ou l’on ne décide pas.
Décider n’est pas prédire
Edgar Morin, réfléchissant à l’éducation pour un monde incertain — « affronter les incertitudes » figure parmi les savoirs qu’il juge nécessaires —, rappelle que l’avenir ne se laisse pas prévoir et que la sagesse réside dans l’art d’agir au sein de l’incertitude, non dans la prétention à l’abolir. Bien décider, ce n’est pas prédire juste ; c’est choisir sainement étant entendu que l’on ne peut prédire.
Privilégier les décisions robustes et réversibles
Un principe pour décider dans l’incertitude : privilégier les choix robustes — bons à travers de nombreux futurs possibles, en bâtissant fondations et adaptabilité — et réversibles — rattrapables s’ils sont mauvais —, sur ceux qui misent tout sur un seul avenir prévu. La robustesse et la réversibilité sont des couvertures contre l’incertitude que l’on ne peut dissiper.
Suffisamment bon plutôt que parfait
Un autre principe : dans l’incertitude, chercher un choix suffisamment bon plutôt que l’optimum impossible. On ne saurait identifier la voie unique la meilleure quand l’avenir est inconnu ; on peut en identifier une saine, ajustée, robuste — selon une logique de « satisficing », pour reprendre le terme d’Herbert Simon, plutôt que d’optimisation. Renoncer à l’exigence du choix parfait libère pour en faire un bon.
Décider et ajuster, plutôt que décider une fois pour toutes
Enfin : une décision dans l’incertitude n’est pas un verdict final, mais une étape à ajuster à mesure que l’avenir se révèle. On décide avec l’information disponible, puis l’on révise. Cette posture itérative — décider, observer, ajuster — est la manière de naviguer l’incertitude dans la durée, plutôt que de tout miser sur un choix unique et irréversible.
Bien décider dans l’incertitude, c’est abandonner l’illusion de la certitude et l’exigence du choix parfait, et choisir plutôt de façon robuste — bonne à travers les futurs — et réversible — rattrapable —, en cherchant le suffisamment bon plutôt que l’optimal, et en traitant la décision comme une étape à ajuster plutôt que comme un verdict final. On ne maîtrise pas l’incertitude en la prédisant, mais en décidant sagement en son sein — et en demeurant prêt à réviser.