← Tous les articles Parcoursup

Les compétences attendues dans l’enseignement supérieur sont-elles clairement identifiées ?

26 juillet 2026

Un étudiant qui arrive à l’université ou dans une formation sélective est censé mobiliser certaines compétences. Mais ces attentes sont-elles clairement identifiées — explicitement énoncées et enseignées — ou demeurent-elles implicites, un code non écrit que les uns maîtrisent et que les autres doivent deviner ? La réponse touche directement aux difficultés de transition et à l’inégalité.

Des attentes souvent implicites

L’enseignement supérieur attend des compétences — autonomie, organisation personnelle, un certain rapport au savoir et à l’écrit, la capacité à travailler sans encadrement étroit — qui sont rarement énoncées explicitement. Elles forment un curriculum implicite, supposé plutôt qu’enseigné. Ce qui est attendu n’est souvent pas ce qui est annoncé.

Le « métier d’étudiant »

Alain Coulon a forgé la notion de « métier d’étudiant » : entrer dans l’enseignement supérieur exige d’apprendre un métier non écrit — les codes, les règles implicites, le rapport au temps et au savoir propres à l’université. Coulon nomme ce processus l’affiliation : il faut s’affilier aux normes tacites de l’institution pour réussir. Ces normes sont rarement enseignées ; elles doivent s’apprendre, souvent à ses dépens.

Le décalage avec le lycée

Un décalage existe entre le lycée — encadré, structuré, avec un suivi étroit — et le supérieur — autonome, aux exigences implicites —, un décalage dans la nature même du travail attendu, et non seulement dans son niveau. Les compétences qui assuraient la réussite au lycée (suivre, exécuter) diffèrent de celles que le supérieur demande (se diriger soi-même, s’affilier). Les attentes se déplacent sans être explicitées.

Une source d’inégalité

Parce que les attentes sont implicites, ceux dont le milieu familiarise avec les codes du supérieur les décodent plus aisément ; les étudiants de première génération doivent les deviner, souvent à un coût élevé — ce qu’a documenté Stéphane Beaud à propos des enfants de la démocratisation scolaire. Les attentes implicites sont un canal d’inégalité, d’autant plus efficace qu’il est invisible.

Expliciter pour réduire les difficultés et les inégalités

Le levier consiste à expliciter les attentes — nommer l’autonomie, l’organisation et le rapport au savoir requis ; enseigner le « métier d’étudiant » plutôt que de le supposer ; accompagner l’affiliation. L’explicitation réduit à la fois les difficultés de transition et l’inégalité que l’implicite engendre. Ce que l’on nomme peut s’enseigner, et s’apprendre par tous.

Les compétences attendues dans l’enseignement supérieur ne sont donc, pour une large part, pas clairement identifiées — elles forment un curriculum implicite, un « métier d’étudiant » non écrit que les uns décodent par leur milieu et que les autres doivent deviner. Cette implicite est une source à la fois de difficulté de transition et d’inégalité. Expliciter les attentes — et enseigner le métier d’étudiant plutôt que de le présumer — réduirait les deux. Le remède réside dans la mise en mots de ce qui demeure aujourd’hui tacite.

📞 Standard momentanément saturé

En raison d'un grand nombre d'appels, le standard n'est pas joignable et sera bientôt rétabli. Veuillez nous excuser.

Laissez-nous un message : on vous rappelle très vite.

ou par e-mail : contact@mathrapage.fr