Une affirmation récurrente veut que les diplômes aient perdu leur valeur — qu’ils ne garantissent plus ce qu’ils garantissaient jadis. Une autre soutient qu’ils comptent autant que jamais. La vérité, comme souvent, est plus nuancée : le rôle des diplômes a changé, sans disparaître. Comprendre comment éclaire à la fois l’orientation et les anxiétés qui l’entourent.
Le constat de la « dévaluation »
L’analyse de l’inflation scolaire par Marie Duru-Bellat le montre : à mesure que les diplômes se sont répandus, leur valeur relative comme signaux distinctifs a décliné — un diplôme donné n’« achète » plus ce qu’il achetait lorsqu’il était plus rare. Davantage de personnes détiennent des titres, donc chacun confère un avantage relatif moindre. Le diplôme est, pour une part, dévalué comme garantie.
Mais le diplôme protège toujours fortement
Pourtant, les diplômes comptent toujours grandement, relativement. Les travaux d’Éric Maurin sur la « peur du déclassement » et le marché du travail montrent que les diplômes protègent fortement contre le chômage et le déclassement : les moins qualifiés s’en sortent bien moins bien. Le diplôme compte moins comme garantie d’ascension, mais demeure une protection puissante contre le bas. Ne pas en avoir est de plus en plus pénalisant.
Un rôle transformé : de la garantie à la condition
Le rôle s’est déplacé : un diplôme est moins une garantie de bonne position qu’une condition d’accès — nécessaire, mais non suffisante. Il ouvre des portes plutôt qu’il n’assure des destinations. Cette transformation — du nécessaire-non-suffisant — explique à la fois la « dévaluation » et l’importance persistante : il en faut un, mais il ne suffit plus.
Le diplôme comme signal
Le diplôme demeure aussi un signal — aux employeurs, de qualités et de conformité ; socialement, de statut. Ce rôle de signal persiste, même si son poids relatif se déplace à mesure que les diplômes prolifèrent. Le diplôme dit toujours quelque chose — mais, dans un champ plus encombré, il le dit de façon moins distinctive.
Les implications pour l’orientation
Pour l’orientation : le diplôme compte toujours — ne pas le dédaigner —, mais n’est plus une garantie — ne pas trop s’y fier seul ; l’adéquation, les compétences réelles et la valeur du diplôme précis comptent à côté du simple fait d’en détenir un. S’orienter avec une vue réaliste de ce qu’un diplôme assure, et n’assure pas.
Les diplômes ne jouent donc pas le même rôle qu’autrefois — la démocratisation les a dévalués comme garanties d’ascension, de sorte qu’un diplôme donné confère une distinction relative moindre — mais ils comptent toujours grandement comme protections contre le déclassement et comme conditions d’accès. Le rôle s’est déplacé de la garantie vers une condition nécessaire mais non suffisante. S’orienter avec sagesse, c’est ni dédaigner les diplômes, ni trop s’y fier, mais comprendre leur rôle transformé, et toujours significatif.