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Peut-on mesurer objectivement les compétences ?

29 juin 2026

L’approche par compétences a remodelé les programmes et l’évaluation autour de l’idée d’évaluer non des savoirs isolés, mais la capacité à les mobiliser dans des situations complexes. Mais une compétence — par nature complexe, contextuelle, en partie invisible — peut-elle réellement se mesurer objectivement ? La question touche au cœur de ce que l’évaluation est capable de faire.

Qu’est-ce qu’une compétence ?

Philippe Perrenoud, dans Construire des compétences dès l’école, définit une compétence comme la capacité à mobiliser un ensemble de ressources — savoirs, savoir-faire, attitudes — pour faire face à une classe de situations complexes. Ce n’est pas un fait isolé, mais une capacité intégrée et située, proche en cela des schèmes décrits par Gérard Vergnaud. Voilà déjà qui complique l’idée d’une mesure simple.

Pourquoi une compétence est difficile à mesurer

Une compétence ne se manifeste que dans l’action, en contexte ; elle n’est pas directement observable comme un fait restitué. Des situations différentes en révèlent des facettes différentes, et la performance varie selon le contexte. La mesurer revient à inférer une capacité invisible à partir de performances situées — une inférence, et non une lecture directe. L’« objectivité » est donc tout sauf évidente.

Les tentatives d’objectivation

Plusieurs approches cherchent à évaluer la compétence avec rigueur : tâches et situations complexes, grilles d’observation, critères explicites, portfolios — tels que les ont développés Gérard Scallon ou Jean-Marie De Ketele. Elles améliorent la rigueur et le partage du jugement. Mais elles ne dissolvent pas l’inférence fondamentale ; elles la disciplinent. Les critères réduisent la subjectivité sans l’abolir.

La tension entre richesse et mesurabilité

Plus la compétence évaluée est riche et authentique, plus elle est difficile à mesurer de façon fiable ; plus elle est rendue mesurable, en la décomposant en items vérifiables, plus on risque de la réduire à une somme de fragments — perdant l’intégration qui la définit. Il y a là une tension véritable : ce qu’il vaut le plus la peine d’évaluer est précisément ce qui se mesure le moins proprement.

Évaluer avec lucidité plutôt que faussement mesurer

La position honnête est la suivante : une compétence peut être appréciée avec rigueur — par des situations variées, des critères explicites, plusieurs jugements — mais non « mesurée » avec la précision d’une grandeur physique. Reconnaître la nature inférentielle et en partie subjective du jugement est plus rigoureux qu’une fausse précision chiffrée.

Une compétence ne peut donc se mesurer objectivement au sens strict : elle ne peut qu’être inférée, plus ou moins rigoureusement, de performances situées. Ce n’est pas un échec de l’évaluation, mais un fait touchant la nature même de la compétence. L’attitude la plus rigoureuse n’est pas de feindre une mesure exacte, mais de juger avec des critères explicites, des indices variés, et une humilité consciente de ses limites.

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