Pourquoi les compétences transversales prennent une place croissante
« Compétences douces », « compétences transversales » — communication, coopération, adaptabilité, esprit critique — occupent une place toujours plus grande dans le discours sur le travail et l’éducation. Leur montée est réelle et a de vraies raisons. Mais elle appelle aussi une réserve que l’enthousiasme oublie souvent : les compétences transversales se transfèrent plus difficilement que leur nom ne le suggère.
La montée des compétences transversales
De plus en plus, employeurs et systèmes éducatifs valorisent les compétences transversales par-dessus les techniques spécifiques — communication, travail en équipe, adaptabilité, esprit critique, résolution de problèmes. Leur place dans le discours est indéniable, et repose sur de vraies raisons. Reste à les comprendre avec justesse.
Les raisons réelles de cette montée
Pourquoi : dans un monde en changement, les compétences spécifiques datent là où les transversales paraissent plus durables ; le travail mobilise de plus en plus la coopération, la communication, l’adaptation ; et ces compétences sont plus difficiles à automatiser. Il y a là de réels fondements à les valoriser. L’engouement n’est pas sans raison.
La caution nécessaire : le mythe de la transversalité facile
Mais une réserve capitale s’impose : une compétence « transversale » n’est pas une faculté sans contenu qui se transférerait sans effort à tous les domaines. André Tricot et la recherche sur le transfert montrent que le transfert, surtout lointain, est difficile et lié au domaine. « L’esprit critique en général » ou « la résolution de problèmes en général », détachés des connaissances, sont largement un mythe : on pense de façon critique à propos de quelque chose que l’on comprend.
Transversal ne veut pas dire sans contenu
L’implication : les compétences transversales sont réelles, mais elles se construisent dans les domaines, sur une base de connaissances — non comme des capacités abstraites et flottantes. La « communication » compte, mais bien communiquer sur un domaine exige de le comprendre ; l’« adaptabilité » repose sur des fondations solides. Les compétences transversales complètent le savoir profond ; elles ne le remplacent pas.
Articuler transversal et fondamental
La vue équilibrée : valoriser les compétences transversales pour leur importance réelle, mais les bâtir sur, et non à la place de, des fondations solides et un savoir de domaine. L’erreur est de les opposer — négliger les fondamentaux pour les « compétences douces » — alors que les deux sont complémentaires. Les compétences transversales s’épanouissent sur une base à laquelle elles ne sauraient se substituer.
Les compétences transversales prennent une place croissante pour de vraies raisons — durabilité, nature coopérative et changeante du travail, résistance à l’automatisation —, mais leur montée appelle une réserve que l’enthousiasme oublie souvent : ce ne sont pas des facultés sans contenu se transférant sans effort ; elles se construisent dans les domaines, sur une base de connaissances. Les valoriser justement, c’est les bâtir sur des fondations solides, et non les opposer aux fondamentaux. Le transversal et le fondamental sont des partenaires, non des rivaux.